Guerre de l’Est, accords de paix, changement de la Constitution, … : Félix Tshisekedi fixe l’opinion

Par Marcel TSHISHIKU
Le Président de la République, Son Excellence Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a tenu à fixer l’opinion sur les questions brûlantes de l’heure en République Démocratique du Congo, lors d’un face-à-face avec la presse mercredi 6 mai à Kinshasa, la capitale.
Le Chef de l’Etat s’est appesanti notamment sur les questions liées à la guerre qui sévit dans l’Est du territoire de la République Démocratique du Congo et son rebondissement sur le plan international.
Il a mis un accent particulier sur les sanctions prises par l’Administration américaine à l’encontre de Joseph Kabila, ancien Président de la République, A ce point de vue, Félix Tshisekedi Tshilombo a exprimé ses regrets de voir celui qui devrait être pris pour modèle se permettre de verser dans les activités subversives visant à créer l’insécurité dans le pays et obtenir de force le dialogue.
« Je suis le premier à regretter cette situation, qui, pour moi, est un vrai gâchis. Nous avions réussi, lui et moi, lui particulièrement d’ailleurs, à obtenir la première alternance pacifique et démocratique dans notre pays. Donc, c’était historique. Et nous n’avions pas le droit de cracher sur un tel héritage.
Malheureusement, aujourd’hui, les générations à venir retiendront que celui qui a été un acteur clé de cette alternance pacifique et démocratique a aussi été le fossoyeur de cette belle œuvre », a-t-il déclaré.
Et de poursuivre : « Je me rappelle qu’en 2024, après une intervention chirurgicale en Belgique, j’avais tenu un point de presse, une interview, et j’avais déjà dénoncé ce fait. Il y a eu un tollé, mais vous oubliez que le Président de la République est quand même très bien informé. Ce constat, nous le faisions déjà fin 2023, au moment où le FCC avait refusé de participer aux élections. Nous savions déjà à cet instant-là que leur objectif était d’empêcher la tenue des élections, pour contraindre le gouvernement à un dialogue. Donc vous comprenez que je suis le premier déçu, parce que je comptais sur cette alternance pour en faire un exemple de démocratie, de stabilité, d’alternance pacifique, de tolérance, bref, tout ce qui fait la démocratie, afin de consolider la nation et les communautés. Mais les choses ont pris un autre chemin, et cela ne pouvait pas rester sans conséquences. La justice s’en est saisie. Là encore, j’avais entendu un tollé, surtout au moment de la question de la levée de son immunité. Mais aujourd’hui, curieusement, puisque les sanctions américaines sont tombées, tout le monde donne l’impression de se réveiller ».
Par ailleurs, Félix Tshisekedi a indiqué que les sanctions américaines se justifient sûrement, parce que les Américains ont constaté ce que lui avait constaté depuis longtemps.
Les accords de Washington n’entament pas la souveraineté de la RDC
Pour Félix Tshisekedi, l’accord de paix signé à Washington entre la RDC et le Rwanda, d’une part, et l’accord de partenariat économique entre son pays et les États-Unis d’Amérique ne doivent pas être considérés comme une façon de céder la souveraineté de la République, et ne constituent nullement une transaction sur le dos du peuple congolais.
« En tant que garant de la nation, je n’aurais accepté aucun accord, aucune médiation, aucun partenariat qui porterait atteinte à la souveraineté de la République démocratique du Congo, à l’intégrité de son territoire ou à la dignité de son peuple », a-t-il déclaré.
Et d’ajouter : « Les accords de Washington ne constituent pas une délégation de souveraineté. Ils ne sont pas une transaction sur le dos du peuple congolais. Ils n’ont de sens que dans la mesure où ils contribuent concrètement à faire taire les armes, à mettre fin au soutien aux groupes armés, à restaurer pleinement l’autorité de l’État, à sécuriser nos frontières et à ouvrir une perspective réelle de stabilité dans la région des Grands Lacs ».
Par ailleurs, Félix Tshisekedi a indiqué que la République Démocratique du Congo ne peut plus être réduite à l’image d’un pays convoité et pillé.
Le troisième mandat lié à la volonté du peuple
Le Président de la République a, en outre, déclaré qu’il n’est pas demandeur d’un troisième mandat, mais qu’il est plutôt disposé à répondre favorablement à la demande de la population. Il a appelé à une réflexion approfondie sur ce que doivent être notre présent et l’avenir de la nation.
« La responsabilité que les Congolais m’ont confiée n’est pas de m’arrêter à ce que je vais faire pendant mon mandat, c’est d’ouvrir le regard vers les générations à venir. Qu’est-ce que je vais préparer pour elles, sans forcément être là ? Qu’est-ce que je vais préparer pour mon successeur ? Qu’est-ce que je vais faire pour que celui ou celle qui me succédera ait aussi plus de facilité ? Moi, je vous le dis, je me mettrai à la disposition de mon successeur. Je n’irai pas prendre des armes contre lui. Je serai à la disposition de la République. Je m’effacerai pour lui faire tout l’honneur qui lui revient, et je serai là, dans l’ombre, prêt à servir dès qu’il ou elle aura besoin de moi », a-t-il expliqué.
Et de poursuivre : « Je pense donc que c’est dans cette optique qu’il faut regarder les choses : qu’est-ce qui est bon pour nous dans cette Constitution ? Faut-il la garder ou pas ? Qu’est-ce qui nous empêche de nous pencher dessus et d’en débattre ? La chose qu’il ne faut pas faire, en revanche, c’est de lier cet exercice à un troisième mandat. Je n’ai pas sollicité de troisième mandat. Mais je vous le dis : si le peuple veut que j’aie un troisième mandat, j’accepterai ».
Sous ce chapitre, Félix Tshisekedi a indiqué que l’éventualité d’un troisième mandat ne pourrait se faire qu’avec l’aval de la population congolaise, notamment par voie de référendum.
Un simple service demandé par les Américains
Le Président de la République a indiqué que l’accueil de migrants en provenance des États-Unis en RDC est un service que la RDC rend aux États-Unis, et rien de plus.
« D’abord, c’est suite à un accord que nous avons passé avec les partenaires américains. J’insiste sur le terme partenaires, pas contre-partenaires : entre nous, nous nous rendons des services. Ici, il s’agit d’un simple service que les Américains nous ont demandé, en nous priant d’héberger des individus qui ont demandé l’asile aux États-Unis et qui ont été déboutés de ce droit d’asile. Nous avons accepté, tout simplement, parce que c’était ce que les Américains souhaitaient », a-t-il déclaré.
Et d’ajouter : « La première condition que nous avons posée, c’est que ce ne soient pas des “bad boys”, donc des individus dangereux. La seconde, c’était qu’ils ne viennent pas ici comme des détenus, parce qu’il n’y a pas lieu : ces personnes étaient dans des centres de rétention aux États-Unis, non pas pour des faits criminels, mais parce qu’elles n’étaient pas en séjour légal. Nous avons donc engagé un processus qui fera que ces individus seront libres, à tout moment, de quitter la République démocratique du Congo. Lorsqu’ils le décideront, aucun sou ne sortira du trésor congolais pour les raccompagner dans leur pays d’origine ».
Par ailleurs, Félix Tshisekedi a indiqué que la République Démocratique du Congo accueille ces migrants avec délicatesse, leur souhaite la bienvenue et mettra tout en œuvre pour les accompagner.



